Analyse non destructive : une nouvelle façon d’observer, mesurer et comprendre

Publié le 19 août 2026

Analyse non destructive et données analytiques : deux nouvelles façons de mieux comprendre les échantillons

Observer plus finement, fiabiliser les données et suivre l’évolution d’un échantillon tout en préservant autant que possible son intégrité : les nouvelles technologies d’analyse ouvrent de nouvelles perspectives aux laboratoires. De l’exploitation des données HPLC à la microscopie à force atomique, ChromaPeak et A5 Science explorent deux approches différentes, mais complémentaires, pour extraire une information scientifique plus fiable et plus pertinente.

Dans de nombreux domaines scientifiques, obtenir une information précise implique encore de modifier l’objet étudié. Marquage, déshydratation, congélation, fixation ou préparation destructive : certaines méthodes peuvent éloigner l’échantillon de son état initial. Dans le même temps, les instruments génèrent des volumes de données toujours plus importants et complexes. Une autre question se pose alors : faut-il nécessairement disposer d’équipements toujours plus performants ou peut-on également mieux exploiter les informations produites par les instruments existants ?

Lors d’une session organisée par Eurobiomed dans le cadre de Forum LABO Lyon 2026 autour de l’analyse non destructive et des technologies de rupture pour le laboratoire, ChromaPeak et A5 Science ont présenté deux manières d’aborder cette transformation.

HPLC : et si la prochaine révolution venait de la donnée ?

Technique incontournable dans de nombreux laboratoires, la chromatographie liquide haute performance, ou HPLC, continue d’évoluer. Gradient, durée de l’analyse, débit, composition de la phase mobile, température ou choix de la phase stationnaire : de nombreux paramètres peuvent être ajustés afin d’optimiser une méthode. Le passage de la HPLC à l’UHPLC a notamment permis d’obtenir des pics plus fins, d’améliorer la sensibilité et de réduire les temps d’analyse grâce à l’utilisation de particules plus petites et de pressions plus élevées.

Mais après plusieurs décennies consacrées à l’amélioration des performances instrumentales, une autre voie d’innovation prend de l’importance : mieux comprendre et exploiter les données générées par les instruments. C’est sur ce terrain que se positionne ChromaPeaks

Identifier plus rapidement l’origine d’une anomalie

Dans les analyses complexes, notamment en métabolomique, les difficultés peuvent être nombreuses : perte de résolution des pics, décalage des temps de rétention, dérive analytique ou difficulté à comparer les résultats obtenus entre plusieurs instruments ou séries d’analyses. Lorsqu’une anomalie apparaît, une question apparemment simple peut alors mobiliser beaucoup de temps :

Le problème vient-il de l’échantillon, de la colonne ou de l’instrument ?

Ces investigations peuvent entraîner une multiplication des essais, une consommation supplémentaire de solvants et, naturellement, des coûts pour le laboratoire. Pour répondre à cette problématique, ChromaPeaks développe une solution associant un mélange chimique de calibration et un logiciel d’analyse.

L’objectif : créer une référence permettant notamment d’identifier l’origine probable d’un problème, d’effectuer un contrôle de conformité, de réaligner les temps de rétention ou encore de calculer des indices de rétention. La solution présentée est actuellement conçue pour les analyses en phase inverse C18, compatible avec la HPLC et l’UHPLC et destinée aux petites molécules.

De 30 % à moins de 5 % d’écart-type

Les essais présentés lors de la conférence permettent d’illustrer l’intérêt de cette approche. Dans différentes conditions expérimentales, les temps de rétention pouvaient présenter jusqu’à 30 % d’écart-type. Avec l’utilisation de l’indice de rétention développé à partir du mélange de calibration, l’écart-type observé dans les essais présentés ne dépassait pas 5 %. Ces résultats sont propres aux conditions expérimentales présentées et ne constituent pas une performance universelle applicable à toutes les méthodes chromatographiques. Au-delà de la seule performance des équipements, cette approche témoigne d’une évolution plus globale du laboratoire analytique : la donnée devient elle-même un véritable terrain d’innovation.

Observer le vivant… sans l’arrêter

A5 Science aborde l’analyse non destructive sous un tout autre angle. Dans les sciences du vivant, de nombreuses techniques d’observation particulièrement puissantes nécessitent une préparation importante de l’échantillon. La cryomicroscopie, la microscopie électronique ou certaines approches de fluorescence peuvent notamment impliquer une congélation, une déshydratation, une fixation ou encore un marquage moléculaire. Ces méthodes fournissent des informations essentielles. Mais elles peuvent également conduire, selon les protocoles employés, à observer un système biologique après l’avoir figé ou transformé. Une question devient alors centrale :

Peut-on observer un système biologique dans des conditions plus proches de son état naturel ?

Pour y répondre, A5 Science s’appuie sur la microscopie à force atomique, ou AFM.

Avec l’AFM, le microscope ne regarde plus seulement la matière : il interagit avec elle

Le principe diffère radicalement de celui d’une microscopie conventionnelle. Une sonde nanométrique vient parcourir la surface de l’échantillon. En mesurant les interactions entre cette pointe et la surface, l’instrument permet d’en reconstruire différentes propriétés. Historiquement utilisée notamment dans l’industrie des semi-conducteurs pour contrôler des structures à l’échelle nanométrique, la microscopie à force atomique peut également être appliquée à l’étude des systèmes biologiques et des biomatériaux. L’un de ses principaux intérêts réside dans la possibilité d’effectuer certaines mesures en milieu liquide. Il devient ainsi possible de travailler sur des échantillons biologiques dans des conditions compatibles avec la préservation de leur intégrité.

Sur une cellule, l’AFM peut par exemple fournir des informations sur sa topographie, mais également sur les propriétés mécaniques de son enveloppe - élasticité ou rigidité - ainsi que sur ses propriétés d’adhésion. Lorsque les conditions expérimentales le permettent et que l’échantillon n’est pas altéré de manière irréversible, l’analyse peut également porter sur son évolution dans le temps.

Passer de l’image fixe à l’étude des dynamiques biologiques

Cette capacité ouvre la voie à de nouvelles expérimentations. Il est par exemple possible d’observer la réaction de cellules après l’ajout d’un principe actif, de mesurer l’adhésion de certaines cellules sur une surface fonctionnalisée ou encore de suivre la dégradation d’un polymère soumis à différentes contraintes environnementales. Les conditions expérimentales peuvent elles aussi être contrôlées : température, pH, composition du milieu, mais aussi ajout d’un antibiotique ou d’un principe actif pendant la mesure.

L’objectif n’est donc plus uniquement d’obtenir une image à un instant donné. Il devient possible de chercher à comprendre comment les propriétés d’un échantillon évoluent en fonction de son environnement. Ces analyses rejoignent notamment le domaine de la mécanobiologie, qui étudie les propriétés mécaniques des systèmes biologiques et leur rôle dans leur fonctionnement : morphologie, adhésion, viscoélasticité, vieillissement ou interactions avec leur environnement.

Les applications potentielles sont nombreuses : biotechnologies, MedTech, développement de biomatériaux, dispositifs médicaux implantables, organoïdes ou encore recherche sur de nouvelles molécules thérapeutiques.

Mesurer mieux plutôt que simplement mesurer plus

À première vue, HPLC et microscopie à force atomique appartiennent à deux univers très différents. Pourtant, les approches présentées par ChromaPeaks et A5 Science partagent une même philosophie. D’un côté, il s’agit de tirer davantage de valeur des données analytiques existantes, en améliorant leur fiabilité et leur comparabilité. De l’autre, de recueillir de nouvelles informations sur un échantillon tout en préservant autant que possible son intégrité et ses conditions d’observation.

Deux démarches qui illustrent une évolution plus large du laboratoire : la performance ne se mesure plus uniquement à la puissance ou à la précision d’un instrument. Elle réside aussi dans notre capacité à comprendre les données produites, à maîtriser les conditions expérimentales et à obtenir l’information réellement pertinente en limitant l’altération de l’échantillon.

Le laboratoire de demain ne sera peut-être pas seulement celui qui mesure davantage, mais celui qui mesure plus intelligemment.

Article réalisé à partir de la session consacrée à l’analyse non destructive et aux technologies de rupture pour le laboratoire, organisée par Eurobiomed lors de Forum LABO Lyon 2026.